Frank Luke, la brebis galeuse
Né en 1898 à Phoenix, Arizona, Frank Luke s'engage le 25 septembre 1917 dans l'U.S. Army Signal Corps. 11 passe en école à Austin, Texas, puis à San Diego, North Island.
Sa progression de pilote se termine en France, où, une fois encore, il sort en tête de sa promotion en pilotage et second en tir. Affecté au 27 Aero Squadron, I Pursuit Group, il rejoint le terrain de Saints pour se présenter à ses chefs, au début du mois d'août 1918.
Durant sa première semaine, il effectue des vols de familiarisation, tant avec son Nieuport 28 qu'avec la région. Très imbu de sa personne et de ses possibilités, il est peu apprécié et mis à l'écart : à 20 ans, on ne fait pas dans le détail.
Fin août, il rentre en fin de mission, annonçant avoir abattu un avion ennemi qui menaçait le major Hartney, patron du I PG. Loin de tout témoin, la victoire n'est pas homologuée, tout en étant taxé de vantard. Le capitaine Grant, C.O. du 27 Aero, pour calmer les esprits, interdit Luke de vol pour un mois.
En septembre 1918, en apprenant que l'objectif le plus difficile pour un aviateur, c'est d'abattre un ballon d'observation, son sang ne fait qu'un tour. Pour redorer son blason, il va abattre des ballons et prouver ainsi sa valeur !
Le 12 septembre, c'est l'offensive américaine de Saint-Mihiel et le 27 Aero est de la partie. L'artillerie allemande, précise, gêne les alliés. Luke repère le ballon, qui est la cause de ce désagrément, à trois kilomètres des lignes, à droite des Américains. Revenant se poser, il fait part de son observation à ses supérieurs.
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Frank Luke le tueur de ballons. |
Ceux-ci, au courant, répondent que le ballon a subi des attaques toute la journée, sans résultats. Aussi Luke demande-t-il la permission d'aller dans le secteur voisin pour tenter une attaque. Rentrant de mission, son seul ami à l'unité, Wehrner, se propose de l'accompagner. Lui aussi est victime du rejet des pilotes du 27e à cause de son nom de consonnance germanique...
N'ayant pas le choix, le commandement autorise la mission. Les deux Spad décollent et Luke fonce à moyenne altitude, tandis que Wehrner monte en hauteur pour assurer sa protection... En position, L'intrépide américain plonge sur le Drachen, mais quelques secondes après l'ouverture du feu, l'une des mitrailleuses s'enraye.
Redressant au-dessus du ballon, Luke grimpe pour effectuer une autre passe... qui s'avère la bonne : le Drachen s'écroule en flammes tandis que le pilote américain, poursuivant son piqué au milieu de la mitraille adverse, redresse au ras du sol et file plein gaz vers ses lignes.
Le 14 septembre, le tandem américain décolle pour attaquer trois ballons près de Boinville-en-Woévre, escorté par quelques Spads. Alors que Luke attaque le premier Drachen, une formation de Fokkers dégringole sur les Américains. Les deux premiers ballons n'ayant pas bronché, Frank Luke attaque le troisième sur sa lancée, dans un ciel noir d'éclats de DCA...
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Lt. Frank Luke |
Le troisième ballon, enfin, s'écroule alors que le Spad américain, troué comme une passoire rejoint ses lignes, après avoir mitraillé les troupes au sol. Ses mécanos, dégoûtés, réforment le Spad qui est irréparable. Une nouvelle monture est affectée au pilote courageux, et celui-ci redécolle en fin d'après-midi pour tenter d'abattre les deux ballons restants.
Les Fokkers sont à nouveau au rendez-vous, et tandis qu'ils s'expliquent avec l'escorte, Luke, suivi de Wehrner, pique sur le premier Drachen et l'explose à la première rafale. Les deux Américains emportés par leur élan passent au travers de la fumée et des débris lors de leur ressource. Les Fokkers, sans conviction, essaient de rattrapper les bolides...
Le lendemain à l'aube, Luke repère un ballon supplémentaire au-dessus de la forêt de Spincourt. Après un briefing avec son escorte (3 X 5 Spads), tout le monde décolle sous le regard du brigadier général Mitchell, patron de l'aviation US.
Le Spad de Luke sort d'un nuage surplombant le ballon, cinq Fokkers dans son sillage. L'escorte « occupe » les teutons tandis que Luke incendie le ballon rescapé de la veille. A l'issue de son piqué, il se pose pour repérer le Drachen de Spincourt, puis redécolle et, plaqué au sol, slalomant entre les arbres, il contourne la forêt par l'est et l'attaque en venant du nord, à près de 200 kilomètres à l'heure (une vitesse pour l'époque !) ; amorçant une chandelle, il mitraille le ballon par en-dessous, surprenant totalement l'ennemi.
Tandis que le Drachen s'écroule en feu, le Spad est déjà loin... Remis en oeuvre, Luke redécolle au crépuscule pour attaquer un autre ballon, au nord de Verdun, signalé par sa patrouille d'escorte. Trente-cinq minutes plus tard, Frank Luke se pose avec une victoire de plus, sa 8e en quatre jours, et les Allemands avec un ballon en mains.
Le lendemain, le mauvais temps empêche les vols, mais ceux-ci reprennent le 18. Luke et Wehrner attaquent tôt le matin, trois ballons en ascension dans le secteur de Verdun. Tandis que son ami se met en protection haute, Luke pique sur le premier Drachen... avec six Fokkers aux fesses.
Wehrner plonge à son tour et sème la pagaille chez les teutons, donnant l'occasion à son collègue d'incendier le premier, puis le deuxième ballon. Mais, submergé par le nombre, le Spad s'abat en flammes, avant que Luke n'ait pu intervenir. A cet instant son moteur tombe en panne, réservoir vide, et tandis que le Spad poursuit en ballistique, le pilote américain pompe pour re-amorcer le deuxième réservoir.
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Les Allemands tombant sur lui, il ouvre le feu et, le croisement effectué, d'un coup de palonnier, se met dans leur sillage. Lorsque les Fokkers redressent, d'un coup de palonnier, se met dans leur sillage. Lorsque les Fokkers redressent, Luke allume le leader d'une longue rafale.
La mêlée s'engage et il tire un Fokker qui lui passe sous le nez, restant à l'intérieur de son virage. Lui assénant le coup de grâce, le teuton déclenche et part en vrille, tandis que deux autres biplans mitraillent Luke. Dans son rétroviseur, l'Américain attend le moment propice, puis coupe les gaz d'un seul coup et les Allemands le dépassent, et filent. Sur le chemin du retour, Luke règle le compte d'un LVG solitaire.
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Spad 13 (7557)de Frank Luke, 27th Aero Squadron, Toul 1918 |
Après une semaine de permission, le nouvel as américain revient sur le front le 26. Le jour même, il obtient sa 15e victoire et deux jours plus tard, sa 16e. Le 28 septembre, décollant de Toul où il avait passé la nuit, il lance un message à un poste avancé leur demandant d'observer les trois Drachens de Murvaux.
Alors que Luke prononce son attaque, les observateurs aperçoivent une dizaine de Fokkers se précipiter sur le Spad... qui fait face. En quelques instants deux ennemis sont abattus, puis le biplan américain semble hors de contrôle et tombe directement au-dessus d'un des ballons, qu'il mitraille !
Celui-ci s'enflamme et les Allemands, qui réagissent avec retard, n'arrivent pas à empêcher l'incendie du deuxième, puis du troisième Drachen. La DCA qui tire depuis un moment, fait mouche, et Luke pose son Spad endommagé, sans avoir le temps de rejoindre les lignes. Il sort de son avion et attend les Allemands.
Lorsque ceux-ci arrivent l'Américain sort son revolver et le décharge sur eux. Sans hésitations, les Allemands répliquent et Luke s'écroule sous les balles. Bravoure, ou suicide ?... Il avait obtenu ses 21 victoires en 19 jours.






