mission de guerre en février 1944, sur la prison d'Amiens
L'heure militaire
Le raid était calculé pour que l'attaque fût déclenchée à 12 h 3 précisément, heure prévue du largage des bombes des Néo-Zélandais. L'un des participants a raconté; « Nous avions tous décidé de faire tout cc qui était en notre pouvoir pour réussir cette mission. Je me rappelle que le Group Captain Pickard exprima tout haut ce que tout le monde pensait tout bas:
"Dites-vous que c'est pile ou face. Si nous réussissons, ce sera l'une des plus importantes opérations de la guerre. Et même si vous ne faites plus rien, vous pourrez toujours dire que c'était bien le plus beau boulot que vous ayez accompli. " En sortant, le temps nous apparut toujours aussi exécrable. Terrible même!
La neige tombait toujours en tourbillons épais qui masquaient ou démasquaient la piste. Très certainement, une opération ordinaire aurait été décommandée dans des conditions pareilles... Nous sommes montés dans les avions, nous avons fait chauffer les moteurs, en pensant que ce n'était pas un temps pour voler. Quand nous avons vu notre commandant embarquer dans son avion, nous étions sûrs d'y aller.
Les dix-huit appareils décollèrent rapidement l'un après l'autre, et peu après 11 h du matin nous étions en route pour attaquer la prison au moment précis où les gardiens seraient à la Soupe. »
|
Février 1944. Un petit groupe de bombardiers De Havilland « Mosquito » décolle, avec le plein de bombes, pour une mission inhabituelle: sauver des vies humaines. Objectif: la prison d'Amiens, où les Allemands détiennent une centaine de membres de la Résistance, dont beaucoup sont à la veille d'être exécutés. Sur les dix-huit avions, deux Mosquito du Squadron 21 puis deux du Squadron 464 quittèrent la formation, pour regagner leur base sur incidents de vol causés par les mauvaises conditions atmosphériques. Le Flying Officer Sparks poursuit ainsi son récit: « Le temps d'atteindre une trentaine de mètres d'altitude, et je ne vis plus rien qu'une soupe grise, brumeuse, la neige et la pluie frappant le plexiglas de l'habitacle. Il était impossible de se mettre en formation ou d'y rester, et je volais droit vers la côte de la Manche. A 3 km au large, le temps était magnifiquement clair, et quelques minutes après nous étions au-dessus de la France. Nous suivions la côte à l'altitude zéro. Nous avons contourné Amiens par le nord avant de nous disposer en formation d'attaque. »
|
|
|
|
|
Comme à la parade « Mon avion, avec celui du Wing Commander et un autre, resta en formation pour la première attaque; notre travail consistait à percer le mur d'enceinte à l'est. Nous avions pris la route d'Albert à Amiens comme repère; elle est toute droite et nous mena directement sur la prison. Je me souviendrai toujours de cette longue route rectiligne et couverte de neige. Elle était bordée de hauts peupliers et nous volions tous les trois si bas que je devais incliner mon avion pour ne pas toucher la cime des arbres. Alors que je pilotais avec un reil sur les peupliers et l'autre sur la route, l'escorte de chasseurs se rappela à mon bon souvenir. Un Typhoon me croisa juste devant et je manquai d'être arraché de mon siège. Puis, les peupliers s'effacèrent d'un coup et la prison apparut à 1 500 m devant. Elle ressemblait exactement à la maquette. Nous fûmes dessus en quelques secondes. « Nous serrions le sol au maximum et le moins vite possible. Nous larguâmes nos bombes à la base des murs et passâmes au-dessus; pour nous, c'était fini. Il ne s'agissait pas de rester pour voir le résultat. Nous devions dégager tout droit et laisser la place aux autres. En tournant la tête, nous vÎmes la deuxième section néo-zélandaise mener son attaque et nous suivre. » Le Wing Commander I.S. « Black » Smith (DFC), « patron » de la première vague, a raconté l'attaque ainsi: « Ma section arriva juste sur le coin du mur est pendant que les autres allaient virer loin pour revenir droit sur le mur nord. La navigation avait été parfaite et je n'avais jamais aussi bien volé. On aurait dit une démonstration. Nous volions aussi bas et aussi lentement que possible, de manière à larguer nos bombes juste au pied des murailles. Malgré tout, les bombes traversèrent le mur extérieur et la cour intérieure pour exploser de l'autre côté. Je larguai les miennes à 3 m d'altitude et tirai ferme sur le manche. L'air était plein de fumée, mais de toutes les bombes lâchées par ma section une seule manqua l'objectif. »
|
|
|
|
|
Dans les fenêtres... Dès que les Néo-Zélandais eurent dégagé, le Wing Commander R. W. « Bob » Iredale (DFC) amena ses Australiens sur l'objectif pour la deuxième phase de l'opération: la destruction du corps de garde. Arrivant si bas qu'ils durent sauter le mur d'enceinte pour glisser leurs bombes dans le bâtiment, les Australiens durent traverser l'épais rideau de fumée et de débris qu'avait soulevé la première attaque des NéoZélandais. En décrivant des cercles autour de l'objectif, Pickard se rendit compte tout de suite que la mission était un succès: d'énormes brèches dans les murailles livraient passage à des centaines de prisonniers, minuscules silhouettes de fourmis répandues sur la neige audessous de lui. En conséquence, il donna l'ordre au Squadron 21 de rentrer à sa base avec ses bombes inutiles. Pendant ce temps, Wickham entamait sa première passe sur la prison avec son Mosquito « photo » : « Au premier passage, nous avions vu que l'opération était réussie. Les deux extrémités de la prison étaient complètement détruites et les murs d'enceinte étaient démolis en de nombreux endroits. On pouvait voir un grand nombre de prisonniers qui s'échappaient sur la route. Les appareils installés dans l'avion enregistraient tout ça, et l'opérateur couché dans le nez prenait photo sur photo aussi vite qu'il le pouvait. Il en était si enthousiasmé qu'il réussit à nous faire rester au-dessus de l'objectif plus longtemps que la prudence ne le recommandait. »
|
|
|
|





